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Interview i am sparrow

Derrière i am sparrow il y a Sparrow de son vrai nom Hyacinthe. Nous avons pensé cette interview un matin de décembre avec, dans les oreilles, son premier EP de musique minimaliste. Nous l’avons ensuite rencontré par téléphone (nouveau moyen de rencontre en 2020). Ces deux moments se sont avérés particulièrement ressemblant : écouter sa musique crépusculaire, mélodique et délicate c’est déjà comme rencontrer Hyacinthe.


Nous vous livrons donc cette rencontre et vous laissons aller écouter sa musique pour compléter le portrait !


sparrow

Tu es batteur de formation, comment est né ton goût de l’électro et pourquoi es tu passé de l’instrument aux machines ?


Je pense sincèrement que mon goût pour les musiques électroniques vient de mes amours, gamin, pour la dance et la housse musique. Au fil du temps, j’ai toujours un peu bidouillé les machines pour faire de la musique électro. J’avais envie de jouer avec une boite à rythme plutôt qu’avec une vraie batterie et me pencher sur l’aspect harmonique, l'exploration des synthétiseurs. Et puis je trouve ça un peu ingrat la batterie toute seule, autant pour travailler chez-soi que les solo de vingt minutes. Il y a beaucoup plus à faire dans la musique électro, ça se joue avec une multitude de filtres qu’on peut maîtriser en live. Il y a tout un univers à défendre avec les machines. Il y a aussi une envie de nouveauté, de se mettre en danger.

.J’aurai pu faire le choix de juste profiter de ce bagage de batteur mais j’ai préféré mettre mes acquis de côté et ne me servir que de la théorie pour ensuite programmer et composer.

Les rythmes de musique électro que j’imagine sont très simples, inspirés d’un courant minimal, tant techniquement que musicalement, ils ne sont pas forcément adaptés au jeu/intention restitué derrière un vrai instrument.

Il y a tout un vocabulaire à défendre avec les machines. Sans compter l'envie de nouveauté, et le besoin de se mettre en danger.


i am Sparrow est ton premier projet solo après le duo Sparrow and Nightingale et La Maison Tellier. Pourquoi as-tu ressenti l’envie de travailler seul ?


Ça a été un besoin quand je suis arrivé à Valence fin 2018. J’avais déjà monté ce duo electro/chant avec une amie sur Paris mais ça c’était fait dans un contexte particulier, on en avait besoin pour des raisons personnelles. Je me suis retrouvé confronté aux réalités de la musique electro en termes de matériel, de technicité et depuis j’ai jamais cessé de créer des choses pour, d’évoluer, de me procurer du matériel. En 2019 j’ai ressenti le besoin d’extérioriser tout ça. La rencontre avec Matthieu de la Cordo a été déterminante, il m’a accompagné sur ce projet lors de mon arrivée dans la région.

La musique que tu crées est emprunte de mélancolie, mais les morceaux gardent cependant un tonalité ensoleillée. Imagines tu ta musique comme un moment de transition entre la nuit (et la fête) et le jour (et le calme) ?


Je pense que je ne me le suis pas dit mais c’est une des phases où je me trouve le plus inspiré, ces phases mélancoliques où tu ne trouves pas le sommeil à 1h du matin. Ce projet n’existe pas pour extérioriser une tristesse, c’est juste que ça existe et on ne doit pas le cacher. Alors il y a une écoute personnelle, solitaire, dans un lieu serein pour un voyage intérieur, un voyage parfois mélancolique mais aussi « sacré » avec une vision positive, un soleil en arrière plan. Et puis il y a l’écoute en live, avec l’envie d’une ambiance chaleureuse, un moment de fête pour danser, se réunir.

En testant ma musique en live, je me suis aperçu que le public me renvoyait une énergie toute spéciale, chaleureuse, que je n’avais pas reçue en composant solitairement.

J’ai aussi formé mon oreille à une culture rock, pop et le format de ces musiques est un format auquel je tiens beaucoup, ça rend ma musique accessible, avec des morceaux de 3 ou 4 minutes et pas 50.


Cette crise sanitaire, qui a eu une répercussion très forte sur la culture, comment l’as tu vécu en tant qu’artiste ?


Ça a été une année très difficile avec plein de coups bas, d’incertitudes. Moi, le premier confinement, il ne fallait pas que je réfléchisse à la situation, au risque de me sentir mal. Je

n'ai d'ailleurs toujours pas trouvé d'autre solution. Se concentrer sur la composition a été une très bonne manière de passer cette vague. L’ensemble de la situation ne me semble pas si catastrophique, il faut défendre les lieux qui sont en train de mourir parce qu’il y en a, mais je ne suis pas de ceux qui ont posté le #onremetleson. Des concerts sans public c’est non mais si c’est prendre le risque que le public se contamine ce n’est pas non plus ce que je souhaite. J’ai conscience de la difficulté des labels, des salles, des productions mais… Je ne sais pas… C’est peut être une nature confiante qui reprend le dessus, mais je garde espoir pour demain et pas seulement pour la musique. Je pense qu’on retrouvera vite nos habitudes, parce qu’elles étaient bonnes, on savait pourquoi on allait en concert.

Je pense que tout le monde va avoir besoin de se libérer l’esprit, de se faire plaisir.

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En résidence à la Cordo tu travailleras ton live, peux tu nous expliquer comment on travaille son rapport à la scène et ses futurs concerts ?


C’est beaucoup de temps de composer un titre, ça peut prendre plusieurs mois. Après il y a une phase de digestion, on passe en studio et le titre est figé. Et avec i am Sparrow, une fois le titre fini, je découvre le plaisir de le réinterpréter pour en faire une version live qui va être différente. Il faut alors faire des choix, pour conserver le plaisir de jouer et en même temps ne pas figer les choses, se permettre, d'un soir à l'autre, la liberté de jouer des versions différentes d'un même titre. Être sur scène, même si j’en ai l’habitude, est un exercice particulier et je compte beaucoup sur la résidence pour m’approprier l’espace de la scène, pour travailler le rendu sonore, trouver mon équilibre.

Derrière ma batterie je peux me permettre de rester "cacher", quand t’es sur le devant de la scène, il faut prendre la parole, amener le public avec toi et ça ne s’improvise pas. Ça peut paraître facile, inné mais c’est en réalité un travail : prendre confiance, choisir ses mots, élaborer sa set list, ses moments d'interventions. Trouver mes repères, mon placement va être un aspect très important de la résidence. J’ai aussi tendance à être dans ma bulle et il faut que je trouve le moyen d’inviter le public dans cette bulle.

Quand tu tapes sur ta batterie il y a un effet visuel : on voit ce qui se passe alors qu’être face à un musicien électro c’est plus mystérieux. Le travail en résidence permet de travailler la lisibilité entre le jeu de l’artiste et le regard du public.

Moi je ne prends pas de plaisir à voir un gars sur scène derrière un écran d'ordi, alors j’essaye de travailler la présence : l’ordi lui fonctionne tout seul, avec différents contrôleurs, entièrement modulables et configurables, qui permettent d’interagir avec lui comme si il était un instrument. Je me dis souvent que faire de la musique électro en live revient à se "fabriquer" "son propre instrument.

Je travaille accompagné d'un ingénieur son, en l’occurrence avec Pascal Mondaz, il permettra de faire la transition entre la studio et la scène, en équilibrant toutes les parties, après ce sera calibré et les concerts se feront en autonomie. Je présente un set qui fait une heure, avec les morceaux de l’EP et des titres inédits que je veux tester sur le public mais pour ça il faut que ces titres trouvent leur place de manière fluide. Une résidence scénique permet d'anticiper ces exercices.


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Nous vous invitons à découvrir et écouter son premier EP intitulé From the Nest, sur toutes les plateformes de streaming !

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